HENRIK VIBSKOV / MAISON DU DANEMARK

HENRIK VIBSKOV


Henrik Vibskov, le créateur/ designer danois investit la Maison du Danemark jusqu’au 16 juillet.

 De la mode, de la musique, des shows, de quoi prendre une vraie leçon de créativité . Aux premières impressions, on ne saisit pas très bien l’agencement, toutes les oeuvres semblent déconnectées entre elles tant le créateur est multidisciplinaire. Puis, on se laisse séduire par l’aspect irrésistiblement ludique des installations. Elles sont clairement le fruit d’un esprit singulier, qui ne cherche pas à plaire mais à partager la profusion de créativité qui l’habite. 

 

L’attaché de presse, avec tout le charme de l’accent danois, nous explique les choix de la réalisation:

 

On nous présente au début d’un parcours déjanté de la musique sur fond de batterie en référence à son groupe de musique « Trottemoller ». Puis, la mode à la Central Saint Martins et 40 collections qui forgeront le succès de sa marque, ponctuées par un travail expérimental autour du design et des installations. On y trouve aussi des sculptures pour le moins étonnantes , des pièces raffinées comme un divan ovni aux détails de maille dont lui seul connait le secret, on s’interroge, on cherche les références, on envie cette facilité qu’il a de composer. Tout semble en chantier permanent, un bouillon chaotique de créativité .

 

Sans être une retrospective chronologique, ni un best of, l’artiste scandinave utilise sa carte blanche pour montrer qu’il n’est ni créateur, ni designer, il est les 2 en même temps. Son travail n’est pas dirigé par les tendances ou par de quelconques pressions commerciales et ça fonctionne très bien comme ça. 

 

.Une chose est sûre, cette exposition gratuite ne laissera personne indifférent à cette main tendue vers l’expérimentation et la liberté.

PHOTOGRAPHY Maison du Danemark
WORDS Michel Hardy

SPECIAL THANKS TO La Maison du Danemark

LOST&FOUND RIA DUNN DOCUMENTARY

LOST&FOUND RIA DUNN DOCUMENTARY


PRODUCED by Lost&Found Ria Dunn
WRITTEN, SHOT and EDITED by William Lacalmontie
ORIGINAL SOUNDTRACK by Treha Sektori

VIOLAINE WILLM

VIOLAINE WILLM


1- Si tu devais définir en 5 mots ton travail ?

Stéréoscopique – Néphéloscopique – Désertique – Sensible – Vernaculaire

2- si tu nous racontais l’histoire de l’appareil photo qui a servi ce projet ? ( et l’aspect technique, le materiel… et dans quel contexte tu as entrepris cette série de photos)

L’appareil photo que j’utilise est un vérascope 40 : un appareil stéréoscopique de la marque Jules Richard, dont le modèle date de 1940. Sa particularité est qu’il possède 2 objectifs côte à côte, ce qui permet de prendre 2 photos simultanément et c’est ce qui donne aux images un effet stéréoscopique – c’est-à-dire en 3D. Les gens ne le savent pas mais la photo stéréoscopique était très à la mode toute la première partie du XXe s.

Mon appareil appartenait à mon grand-père. Je suis un peu la descendante d’une lignée de photographes et cinéastes amateurs éclairés. Et c’est surtout mon grand-père, qui, je ne pense pas trop m’ avancer en disant cela, était le plus passionné au point d’inventer quelques techniques facilitant le tirage et la projection photo. C’est par ses films, ses photos, mais aussi tout le matériel photographique qu’il a collectionné, que j’ai, en quelques sortes, rencontré mon grand-père. Mon père, à sa façon, a continué sur la même lignée et j’ai grandi parmi tout ces objets accumulés par l’un et par l’autre et qui ont fini par ressembler à un musée ou un cabinet de curiosités optiques, chimiques, cinématographiques et photographiques. Il ne faut donc pas chercher très loin pour comprendre d’où est venue ma passion.

Avant même de m’être intéressée à la photo comme image esthétique ou artistique, je pense avoir d’abord était fascinée par tout le matériel, que cela soit pour la prise de vue, la chambre noire ou même la projection de film. Je me souviens être captivée par le chemin que prend la pellicule de film dans un projecteur : entraînée autour d’espèces d’engrenages, disparaissant derrière l’objectif, et réapparaissant pour s’enrouler sur des grandes bobines. Et je crois que l’objet qui m’intriguait le plus était une simple colleuse pour pellicule de film…

Quand j’ai commencé à photographier avec l’appareil stéréo, j’étais en fac de photo, en pleine période d’expérimentation. Au début, je ne savais même pas si l’appareil fonctionnait ou si j’allais me retrouver avec une pellicule voilée… J’ai dû m’habituer à faire les réglages sans cellule et il s’est avéré que le système d’entrainement de la pellicule pouvait se mettre à dysfonctionner, ce qui m’a valu des mauvaises surprises… En fait, cela doit faire 12-13 ans que j’utilise cet appareil et ce n’est que maintenant que je commence à le maîtriser, au début (et encore un peu aujourd’hui) j’avais vraiment l’impression que c’était l’appareil qui dictait sa volonté. Et comme j’avais jamais vraiment bien nettoyer les objectifs jusqu’à récemment, il y avait des poussières, des taches et des voiles sur les photos et c’est d’ailleurs ce qui donnait ce côté « ancien » aux images et qui me plaisait beaucoup.

J’ai dû aussi apprendre à envisager mes cadres et compositions en 3D. Rajouter une dimension à une image change complètement la manière dont on l’envisage et on la pense. Moi qui suit plutôt une photographe de l’instant et qui ne pense pas vraiment à ce que je photographie (en tout cas pas consciemment), je me suis mise à réfléchir à ce qui donnerait le meilleur relief et la plus grande profondeur aux images. Un simple paysage ne donne rien en 3D, il faudrait presque qu’à chaque plan de l’image, il y aie quelque chose qui puisse donné la sensation de relief.

Tout ça pour dire que ma production stéréoscopique est en fait le fruit de ma propre sensibilité artistique et de l’apprentissage de la manipulation de mon appareil. Il y a un côté artisanal, une recherche expérimentale dans la technique qui apparaît sur les images. Elles ne sont pas parfaites et c’est ce qui leur donnent cet aspect unique et très sensible, je trouve.

3 –  Si tu nous parlais de cadrages, de lumières que tu affectionnes ? Retouches-tu les photos que tu as prise ?

Je vais commencer par parler de la lumière – puisque sans lumière et a fortiori sans ombre, il n’y a pas de photographie / φωτος-γραφειν. Je suis une photographe d’extérieur et vais donc privilégier les lumières naturelles, c’est-à-dire bien évidemment la lumière du soleil : dans ses tons les plus chauds et majestueux, aux plus froids et subtiles. Je me souviens d’un sublime mois de novembre en Islande. Tous les jours, j’assistais à un lever-coucher de soleil continu et profitais de toute la palette chromatique céleste et une fois ce feu diurne éteint, les aurores boréales apparaissaient dans un ballet nocturne… Il y a littéralement de quoi devenir dingue ou aveugle à observer tant de beautés, un syndrome de Stendhal provoqué par la nature! Je ne faisais pas encore de photo stéréo à l’époque, mais j’ai bien sûr amassé toute une récolte de photos et de vidéos. Mon regret est de ne pas avoir trouvé la patience de photographier les aurores boréales, le seul cliché que j’ai, est une photo toute floue, avec un voile vaguement vert dans l’encre de la nuit… Mais je compte bien réparer cette erreur un jour et tester mon appareil stéréo pour immortaliser ce phénomène hallucinant.

Mais la lumière solaire offre également des spectacles beaucoup plus subtils, notamment quand elle est prisonnière de la brume. Je me souviens d’une aube dans le désert du Néguev et d’un soleil rouge cherchant à percer à travers un ciel solide et gris, et dans l’enclos à côté, des chevaux qui s’ébattent. Cela me fait aussi penser à une exposition, qui m’a beaucoup marqué, celle de Hiroshi Sugimoto : Aujourd’hui, le monde est mort (Lost Human Genetic Archive), en 2014 au Palais de Tokyo. Exposition à la fois sombre et touchante et qui n’était éclairée que par la lumière naturelle tombant des fenêtres en hauteur. Les conditions météorologiques affectant ainsi directement la perception du visiteur et teintant l’atmosphère baignant les installations. Je l’ai visité une fin d’après-midi, à l’heure où le chien et le loup se croisent. En plus d’apporter au propos crépusculaire de l’exposition, ce clair-obscur naturel devient une oeuvre à part entière d’exposition.

En ce qui concerne cadrage et composition, je crois que j’ai toujours cherché à sortir d’une forme classique de l’image : sujet centré pour un portrait et pour un paysage, respect des proportions 2 tiers / 1 tiers (2 tiers de ciel, 1 tiers de terre par exemple). Je suis assez obnubilée par la volonté de rendre visible mon « regard intérieur », ce que je capte et qui m’émeut dans mon environnement. Et même si cela ne passe pas que par le cadrage, le premier pas pour faire apparaître cette sensation ou atmosphère intime, serait d’adopter un point de vue subjectif, on voit rarement les choses de manières totalement frontales (ce n’est pas ici une critique de la photo objective ou documentaire comme initiée par le courant de la Nouvelle Objectivité ou de l’Ecole de Dusseldörf, que j’apprécie énormément par ailleurs). Plongés, contre-plongés, hors champs me sont devenus rapidement insuffisants ; la macro ou encore le travail sur les reflets, les transparences ouvrent des mondes de possibilités. Mais c’est bien sûr la sensation de relief et de profondeur, de pouvoir plonger dans une image, qu’offre la stéréo, qui m’a le plus convaincu : avec elle, j’ai enfin trouvé la dimension immersive que je recherchais.

Normalement les photos stéréos argentiques se regardent à l’aide d’une visionneuse adaptée, pour pouvoir apprécier le relief. L’effet est impressionnant, mais le dispositif est contraignant, puisqu’il faut une machine et il ne permet qu’à une personne à la fois de voir les images. J’ai donc réfléchi à un autre moyen de présenter mes photos. Une des solutions que j’ai trouvé, est de passer par la numérisation. Mais je ne savais toujours pas comment obtenir l’effet 3D… Puis, un jour, l’idée m’est venue de mettre les deux photos, qui composent une image stéréo, à la suite l’;une de l’autre et de les faire s’alterner à une cadence rapide. Le gif me permettait de tester mon idée très facilement. Et pour moi, ça a été comme une révélation! l’effet reste moins impressionnant qu’avec une visionneuse, mais il y a un rendu vraiment intéressant : un côté suranné et artisanal.

Par ailleurs, je fais quelques retouches avec Photoshop au niveau des contrastes et de la balance des couleurs, mais rien que je ne pourrais obtenir en faisant mes tirages dans un labo argentique.

Ainsi j’essaie de coller au plus près à l’esprit de l’argentique, même s’il est vrai que rien ne le remplace. J’aime aussi l’idée de mélanger techniques anciennes et nouvelles.

4 –  Si tu nous racontais un souvenir d’une prise de photo que tu souhaites partager avec nous ?

Fendre les flots de l’océan arctique en bateau à moteur, éviter les blocs de glace de la banquise qui se disloque, se pincer et réaliser « je suis au Groenland! »;

Une traversée du désert en grand taxis au Maroc, on s’arrête au bord de la route et on regarde

passer les dromadaires. Se retrouver dans une tempête à Coney Island, s’abriter, puis admirer une magnifique formation de nuages et s’asseoir dans un restaurant russe alors que le soleil réapparaît. Aller admirer la vue en haut d’un gratte-ciel à Tokyo, apercevoir des arcs-en- ciel tout autour et entendre la foule murmurer de plus en plus fort ce mot qu’on ne connaît pas « Niji! »

Prendre ses proches en photos et après se marrer.

5 –  Qui sont le photographes, écrivains, plasticiens,…. qui ont inspiré cette série photo ?

Au moment où je prends les photos, je n’envisage pas vraiment l’image comme faisant partie d’une série. C’est plus tard que la réflexion vient et que je vais rapprocher telle ou telle image, qui peuvent d’ailleurs avoir été prises avec plusieurs années d’écart, comme je l’ai fait sur mon site. Pour moi, la prise de vue et la « mise-en- oeuvre »sont 2 étapes complètement différentes et parfois complètement déconnectées. Par exemple, je peux ressortir une photo que j’ai prise il y a 5 ans et faire un collage avec (un autre de mes projets). Cela rajoute une dimension mémorielle, j’envisage alors la photo plus comme une archive. C’est peut-être aussi le temps qu’il me faut pour avoir du recul sur mes images (je suis un peu lente).

Du coup, au moment de la prise de vue, je n’ai pas vraiment d’inspiration présente, autre que celle que me donne mon environnement. Le désert m’inspire beaucoup… J’ai eu une expérience un peu étrange un jour. Il se trouve que j’ai commencé à numériser tout le fond photographique familial et je suis tombée sur une photo qu’avais prise mon père au Sahara dans les années 50 et je me suis rendue compte que j’avais pris quasiment la même photo, il y a quelques années au Maroc. Ce qui m’a surprise ce n’est pas que le sujet soit à peu près similaire, mais que l’atmosphère de l’image était identique… Alors il doit sans doute y avoir une transmission de père en fille d’un certain oeil photographique…

Mais je ne suis tout de même pas complètement dépourvu d’inspiration d’autres artistes et je dirais que mon inspiration principale est le film Sans soleil de Chris Marker. Il y a quelque chose dans ce film qui me parle vraiment: une vision du monde très poétique et métaphysique.

Je peux aussi citer : Olafur Eliasson tant pour ses séries photographiques, que ses installations ; Roni Horn et sa série You Are The Weather ; Ragna Robertsdottir et ses tableaux minéraux – ça c’est pour l’inspiration islandaise. Sinon évidemment il y a tous les Land Artists : Richard Serra, Andy Goldsworthy etc… et James Turrell. Et si on remonte encore dans le temps, il y a les livres de Jack Kerouac.

Après en s’éloignant un peu de mon travail – quoique – il y a Bernd et Hilla Becher ou encore Rineke Dijkstra et plus récemment après avoir vu l’expo à Beaubourg : Gerhard Richter.

6 –  Des projets, des idées, des envies pour fin 2016 et 2017 ?

J’ai toujours plein de projets en tête et beaucoup n’en sortent mal/heureusement pas… D’autres sont en cours depuis un moment déjà et sont loin d’être finis, je pense à mes collages, qui sont une autre façon que j’ai trouvé de travailler sur le relief.

Plus concrètement, je suis retournée en chambre noire en début d’année, le résultat est une série d’une quinzaine de tirages N&B que j’aimerais bien exposer…

Retourner en chambre noire m’a aussi donné l’idée d’essayer le N&B avec mon appareil stéréo et d’expérimenter en chambre noire par la suite avec les images que j’aurais prises… To be continued…

7 –  Le meilleur conseil que l’on t’ait donné ?

Le meilleur conseil que l&’on m’aie donné, c’est celui d’arrêter la photo… Cela n’est pas très agréable à entendre, mais une fois le tonnerre de l’annonce passé, le tsunami des émotions calmé et que vient le temps de la remise en question, c’est le moment des révélations : la photo est une passion, ton moyen d’expression et ça personne ne peut te l’ôter. Et même dans le cas où l’on t’enlèverais tout ton matériel photographique, tu continuerais à voir le monde à travers un objectif mental : à admirer les lumières naturelles et artificielles, à faire des compositions théoriques et à voir tout ton environnement comme un patchwork photo.

Dans le même esprit, la leçon la plus importante sans doute, que j’ai apprise sur les bancs de la fac d’arts plastiques, c’est qu’en art, comme d’ailleurs dans tous les domaines, tout a déjà été pensé, créé, inventé, réalisé, construit… On ne fait que recycler, améliorer, transposer, concrétiser ou au contraire conceptualiser. Cela angoissait certains étudiants, les autres restaient sourds à ce discours et peu, je pense, ont senti un poids s’envolé. C’est ce que j’ai ressenti et ressens encore : si tout a déjà été fait, il n’y a plus de pression, c’est la liberté… L’innovation, l’originalité réside alors dans l’émotion transmise, la poésie balbutiée, la révolte exposée. Et si cela provoque des choses chez les gens tant mieux.

8 –  Le mot de la fin, une question que tu aurais posée si tu étais à ma place, et la réponse qui irait avec.

Il y a une chose que je n’ai pas expliqué, c’est le terme (néphéloscopique). Le néphéloscope (ou néphoscope) est un instrument météorologique d’observation des nuages. Une de ses versions consiste en un miroir circulaire posé au sol, qui permet de déterminer la direction des nuages.

Quand j’ai découvert cet instrument (je ne sais plus trop’comment), j’étais en train de préparer une exposition avec mon collectif de New York (Undercultured New York Collective) et je travaillais sur un mobile-photos. J’ai tout de suite fait le lien entre l’installation et l’instrument scientifique et mon mobile est devenu le premier néphéloscope que j’ai créé. Par la suite, j’en ai fabriqué deux autres (un est un mobile, l’autre se présente sous forme de coffret). Le néphéloscope regroupe tout un tas de concepts qui me touchent et me questionnent : l’immatériel et l’abstrait, le passage du temps et la mémoire, le reflet et la déformation, le terrestre et le céleste, la poésie et la science…

J’attache beaucoup d’importance à la manière dont je présente mes photos. Un cliché photographique doit pouvoir se suffire à lui-même et apporter une émotion esthétique, un propos critique ou documentaire. Mais à l’ère du tout-image et d’Internet, je trouve qu’il est presque vital de réfléchir à la manière dont on présente une image au monde, de penser au support et de ne pas oublier l’ici et le maintenant. Comme on apprécie un bon moment, parce qu’il en existe des mauvais, on apoprécie le virtuel, parce qu’on a aussi la possibilité de toucher, voir et sentir sans écran, heureusement! C’est comme mélanger le rêve et l’artisanat ou la science. Parfois jene pense même plus en termes de photographie ou d’image, mais je me demande « est ce assez néphéloscopique? »

 

PHOTOGRAPHY Violaine Willm
INTERVIEW Camille Baradat

LEA GREGOIRE

LEA GRÉGOIRE – ON NE VEUT PAS PÉRÉGRINER, ON VEUT FUIR


LEA GREGOIRE

Authentique self made woman cette jeune photographe et graphiste basée à Paris nous propose de regarder le monde à travers son filtre : sensible et rough. Profondément habitée par le cinéma, Léa sait capturer, au cours de ses multiples voyages, l’instant sacré. Celui qui met en branle le réel et agite les fantômes de notre imagination de cinéphile passionné.

A la façon d’un photo reportage, Léa tisse ses scénarii au fil des associations d’images. Avec elle, on s’arrête, on contemple, on lit entre les lignes des paysages et des regards.

Découvrez les séries photographiques de Léa Grégoire ici http://www.leagregoire.com/  .

Photos by Lea Gregoire

Text  by Marion Hassan

MIRA NEDYALKOVA

IN CONVERSATION WITH MIRA NEDYALKOVA


 

1-Comment avez-vous démarré votre carrière dans la photographie?

J’ai toujours aimé la photographie et considéré ce média comme un art à part entière, mais j’ai commencé par le dessin et la peinture en parallèle d’une carrière de mannequin. Ce n’est qu’en 2007, que j’ai découvert la photographie en tant que moyen d’expression et petit à petit cela a complètement remplacé la peinture.
Mes photos ne sont pas exactement des photos, j’utilise énormément photoshop (le logiciel d’édition d’images) et mes créations sont à mi chemin entre des peintures et de la photographie.
Ces deux arts sont pour moi très similaires et interdépendants. Franchement, mon attrait pour la photographie a augmenté en même temps que la découverte de photoshop et du potentiel qu’il apporte en possibilité de transformation d’image.
C’est ce parcours improbable qui m’a ouvert la voie, l’opportunité de continuer à créer, connectant la peinture et la photographie. Un gros challenge pour moi.

2-Quel est votre partie favorite dans le processus créatif?

Je pense que c’est la peinture sur photoshop, c’est la partie principale de mon processus créatif. La vérité c’est que je n’attache pas une grande importance aux techniques photographiques mais plutôt au travail de post production avec photoshop.

D’ailleurs, je ne me considère pas comme une photographe même si je fais de la photographie d’art.

3-Quand vous commencez votre shooting, avez vous déjà en tête une idée précise de ce que vous voulez? Définissez vous votre projet par un croquis (sketch)?

Oui j’ai toujours une idée précise de ce que je veux réaliser, j’anticipe mon projet.
Cela inclut de trouver les bons vêtements dont j’ai besoin. Habituellement, j’ai plus que juste une idée en tête et je commence le shooting avec l’ambition de réaliser plusieurs de mes visions. Je termine le shooting avec un certain nombre de photos parmi lesquelles je peux faire un choix.
Biensûr très souvent j’improvise aussi en fonction du moment. J’aime capturer l’instant avec chaque mannequin et personne quand elles s’y attendent le moins. Cela me donne souvent de très bons résultats.
Je ne fais pas de croquis avant le shooting pour montrer ce que je veux. Toutes les idées sont dans ma tête et je me laisse toujours une marge de liberté ainsi qu’à mon modèle, pour qu’il puisse exprimer l’essence de ce qu’il a à donner à sa manière. Il peut varier ses pauses et interpréter ma vision au début ou plus tard dans la séance.

4-Quand on regarde vos photographies, un profond sentiment d’abandon et d’intimité s’en dégage.

Comment dirigez vous vos modèles?

Oui comme je l’ai dit, je laisse toujours une grande marge de liberté à mes modèles. Avant la prise de la photo je leur dis toujours de rester calme, d’agir naturellement et d’oublier que je les photographie. J’ai l’habitude de leur communiquer mon idée et de partager avec elles les moyens possibles pour la réaliser.
Pendant le shooting, nous sommes en contact constant, cela nous aide à pousser plus loin le sentiment d’immersion dans notre création, nous sommes sur la même fréquence spirituelle.

5-L’eau et la nature prennent une place importante dans votre travail. Quand avez vous developpé cette sensibilité?

En effet, la majorité de mes travaux se passent dans l’eau et ce n’est pas un accident.
Avec du recul, l’eau représente pour moi un moyen très pratique d’expression, c’est ce qui se balade en moi et recrée mes idées.
D’un point de vue purement technique, faire des shootings avec de l’eau me procure une grande joie.
Au contact de la lumière et des ombres, les formes et les couleurs de l’eau varient de manière indéfinissable, le résultat final obtenu me surprend toujours . C’est très inspirant. Pour l’artiste, elle est comme un véhicule. L’eau est le fruit de ma création.
La création, la vie, le pouvoir….L’eau symbolise des énergies puissantes. Elle est l’élément par excellence du plaisir et de la joie, elle donne la vie mais aussi peut devenir risquée, menaçante, et aller jusqu’à nous détruire.
J’aime sa transparence, sa pureté, la lumière et ses réflexions ainsi que sa capacité de transformation qui se dévoile au contact d’autres médiums.
Pour moi, l’eau est un élément hautement érotique précisément par les oppositions qui la constituent.
L’eau est celle qui étanche notre soif et nous sauve.C’est la luxure en chacun de nous, la soif de l’amour et cette lutte éternelle pour tenter d’effacer ce besoin, de l’ émousser, pour guérir de la douleur que son manque nous inflige. La tristesse, la solitude …

6-Comment choisis tu les vêtements pour tes shootings?

Je suis une grande amatrice de vêtements, j’aime combiner différents styles.
J’aime plus particulièrement le style vintage. Je me balade souvent dans les magasins de seconde main.
En Bulgarie il est très difficile de louer des vêtements, la location chez nous peut devenir vraiment très compliquée, du coup je les achète la plus part du temps et je peux les utiliser plusieurs fois pour différents projets.

7-Que signifie la beauté pour vous?

La beauté que je recherche et reconnais est l’une des facettes des nombreux visages qu’elle peut revêtir. Ce qui vous transmet différentes émotions, qui provoque des pensées inattendues et conflictuelles.
Pour moi la beauté est le moteur de la vraie joie ce n’est pas visible à l’œil. Cela touche plus profondément mon âme et je la ressens de tout mon être, cela m’enthousiasme, me secoue et fait naître chez moi des questions et des réponses, c’est une des plus importantes pulsions de vie.

8-Quel est le meilleur conseil que l’on vous ai donné?

Je ne pourrai donner le conseil d’une personne précisément. Je ne peux que transmettre ce que je me répète à moi même constamment. « La vie c’est maintenant et ici… et tout ce que je veux dépend de moi ici et maintenant. »
Le passé n’est qu’une histoire que l’on se raconte à nous même, le futur commence aujourd’hui.

Credits

Photos by Mira Nedyalkova
Article by Marion Hassan

JORGE AYALA EXHIBITION X ESPACE HABITAT1964

JORGE AYALA X ESPACE HABITAT 1964


 

 

Dans le quartier de Saint Ouen était présenté une rétrospective sur le travail de Jorge Ayala. Cultivant plus que jamais la transversalité dans ses recherches, le designer de mode, architecte, nous invite à une balade dans un cabinet de curiosité au mobilier industriel centenaire servant de support aux innovantes créations du designer.

On y découvre des tables recouvertes de recherches matières complexes et audacieuses, alliant latexs et matériels couture, des plissages ainsi que des expérimentations autour de l’impressions 3d. Un travail pointu autour du thème de l’hybridation et ses applications diverses dans le monde de la mode. L’organique et le géométrique s’y mêlent dans une harmonie parfaite.

En pleine lumière, des installations inspirées par l’origami, à taille humaine, renvoient leurs réflexions dans tout l’espace, créant un pont évident entre mode et art contemporain, architecture et design. Jorge Ayala va où on ne l’attend pas pour notre plus grand plaisir!

HELENE BARRIER – ICONOKLASTES

HELENE BARRIER


 

C’est la sérigraphie qui mena Hélène Barrier sur les chemins du design et de l’art textile. Domaine en plein explosion, profilant sa place dans le milieu de l’art contemporain. Aujourd’hui peu reconnu par le public, cet art ovni est pourtant d’une grande richesse et à beaucoup à apporter tant sa symbolique nous renvoi à quelque chose de primal et universel.

Le travail d’Hélène est difficile à appréhender dans sa totalité, femme aux multiples talents, elle partage sa vision singulière du monde à travers de nombreux mediums : l’art textile, la création de matières, les motifs, la scénographie, le dessin, la danse… La jeune femme commença son travail avec le tissu par la réalisation de « fétiches », sorte de petits totems, destinés à être vénérés, veiller ou soulager l’âme de son acquéreur. Un projet aux allures vaudou/tendre où se révèle une part mystique chez elle, non sans nous faire penser à l’Hélène mythologique confectionnant ses breuvages magiques dans l’Illiade.

Le pseudonyme Iconoklastes nous suggère la destruction des icônes, mais le projet semble maintenir la part belle au merveilleux . Elle entraîne son public sur les chemins de l’invisible, écho du processus créatif, avec une démarche proche du rituel ou du mantra. Pour la réalisation des dessins de maisons, la matière dense et furieuse qui les composent se fait par crayonnage jusqu’à épuisement du feutre.

Avec le design d’objet Hélène détourne les habituels de notre quotidien, leur donnant une autre dimension. Comme dans ses moments fugaces entre l’éveil et le sommeil ou le temps, l’espace et l’environnement se confondent.

Très organiques, ses œuvres sont un bel hommage à la nature et au monde animal allant jusqu’à l’intimité presque biologique . En fil rouge, le principe de répétition, d’accumulation et des questionnements sur le genre et le corps.

L’installation « exploding boys » en est une belle illustration, Hélène envahit l’espace d’exposition avec une ribambelle de cocons rouges, et fera un superbe travail sur les matières mêlant laine brute, latex, perles, cuirs…

Chaque scénographie n’est pas conçu de façon à être reproduite, elle se veut unique, laissant une grande place à l’intuition et à l’inspiration du moment présent.

Hélène Barrier est une belle rencontre, de celles qui nous donne envie d’être sincère avec nous même, sans gravité, sans appréhension, à l’écoute de ce qui nous entoure.

LISA VANBACH – DE CHRONOS A THORAX

LISA VANBACH


est une pionnière. Son goût pour l’expérimentation l’ont mené hors des sentiers battus, le cuir et le monde des accessoires furent le support idéal pour tester un outil encore peu utilisé qu’elle affectionne particulièrement .

L’univers de Lisa se nourrit par l’observation de la nature. Et je la rejoins complètement sur la fascination que peut susciter la complexité d’une ossature, la portée philosophique qu’évoque la mue d’un serpent, la définition précise, unique et si détaillée d’une empreinte… Ses observations n’en ont pas éclipsé son admiration pour ce que l’homme peut créer à son tour. Dans chacune de ses collections, elle développe des motifs nous entraînant dans une déambulation intellectuelle, symbolique et presque métaphysique. Le dessin pour elle est la part la plus intime de son processus créatif.

Depuis un an, elle développe un procédé complexe pour découper ou graver avec un laser ses accessoires . L’attrait pour cet outil date depuis longtemps, il est né à l’école de la Chambre syndicale de la couture parisienne lors de sa préparation au diplôme. La précision de l’outil et la force qui s’en dégage inspirent beaucoup la designer qui pressent les possibilités infinies que promet son utilisation.

L’atelier de gainerie et de dorure d’art Bettenfeld-Rosenblum, sera le seul  à relever le challenge à ses côtés. Ce lieu d’exception fondé en 1895 dans le quartier de la rue du faubourg Saint Antoine a su s’imposer comme une référence internationale et a notamment participé à l’Exposition Universelle de Paris en 1900. C’est donc avec David Rosenblum aujourd’hui à la tête de l’atelier, qu’ils se lanceront dans l’aventure délicate et extrêmement capricieuse de gravure par laser, car pour ce travail il n’y a pas de recette. Le cuir doit être traité de la façon la plus naturelle possible par tannage végétal. Elle utilise un cuir de veau venant des tanneries françaises. Chaque cuir nécessitent une phase de recherche propre pour tester les paramètres de gravure qui n’abîmeront ni les pièces ni les motifs.

Nature et technologie se rejoignent, formant une véritable symbiose comme si la gravure avait toujours était sur ce cuir, ennobli de scarifications superbes. Un travail d’orfèvre, pour un résultat d’exception alliant avec succès innovation et héritage.

Credits

Texte et photos: Marion Hassan
Remerciements à Stéphanie Veuriot – Autrementpr

SILICONE BY TZURI GUETA

TZURI GUETA


Tzuri Gueta est un alchimiste moderne, dans son atelier ses créations découlent d’un savant mélange de technique traditionnelle, de connaissance en chimie avec une touche de mystère et de surprise… Développant une méthode unique et brevetée, il donne la parole à une rencontre inédite. Voulant explorer les frontières de la création textile, sa « dentelle » est née  d’une surprenante interaction entre le silicone et le textile. Une technique qu’il développe au Shenkar Collège de Tel Aviv et deviendra son matériel de prédilection.

Le protocole de réalisation n’a pas altéré la place de la créativité dans son travail au quotidien. Tzuri est à la fois l’artiste et le spectateur attentif. Face à son travail, nos sens sont déstabilisés. Ses créations résonnent en nous, comme des formes organiques déjà connues. Elles suscitent le besoin de les toucher, afin de « justifier ce que l’ont voit ». Corail géant intriqué, fruits, perles, cactus, peaux d’animaux… Inspiré par la nature, le végétal,…le silicone vient se mêler au textile. Suivant les caractéristiques de celui ci il peut se rigidifier ou se fondre dans le tissu chaque nouveau mélange donne une nouvelle couleur ou texture. Les deux éléments sont indissociables et se révèlent l’un au contact de l’autre.

L’objet qui naît de ce minutieux travail est toujours unique. La force de la technique est dans l’alliance d’un savoir faire artisanal et d’une technologie nouvelle au service d’une créativité sans bornes. Chaque pièce est faite à la main, c’est un travail qui s’acharne à reproduire l’aspect chaotique de la nature, cela nécessite une grande attention pour repérer les différentes catégories ou pistes qui seront l’objet de recherches approfondies plus tard. Rien ne se perd dans l’atelier et tout peut être le bourgeon d’une prochaine ligne.

S’appliquant à de multiples domaines, son procédé lui permet de développer une ligne de bijoux, d’objets d’art et de design. Il collabore régulièrement en tant que créateur de textile ou d’accessoires avec de nombreuses maisons de couture comme Chanel, Givenchy, Jean-Paul Gaultier, Dior, Clarisse Hiéraix, Stéphane Rolland ou encore Yiqin Yin..Lors de notre rencontre Tzuri nous explique que la réalisation des pièces se construit au cours de nombreux échanges avec le designer. La place laissée à la liberté de développement de la matière textile inhérente à sa technique, laisse le champ libre à la créativité de chacun, pour un résultat toujours surprenant et inattendu.

Après un début modeste dans un atelier du quartier de Montreuil, le projet de Tzuri Gueta a parcouru du chemin et nous pouvons désormais admirer ses œuvres dans son showroom sous la première arche du Viaduc des Arts.

Credits

Text by Marion Hassan
Photos by Marion Hassan

VIDEO  INDIGO BY A. GUERY

A.GUERY


 

Nous sommes heureux de relayer la vidéo d’Anaïs Guery réalisée par Emeline Castaneda sur son travail de teinture à l’indigo. Une vidéo qui reflète bien les qualités de designer d’Anaïs, alliant un savoir faire d’une grande qualité et une sensibilité esthétique intimiste, poétique. Du made in france comme on l aime.

On vous invite à découvrir à travers ce travail, cette jeune marque prometteuse : a.guery.

INDIGO – A.GUERY from Emeline Castaneda on Vimeo.

http://www.aguery.com/#!video/cunc