CHIHARU SHIOTA


Chiharu Shiota, jeune plasticienne japonaise, place le corps au centre de sa pratique sculpturale. Tisseuse d’émotions, elle nous envisage au centre de son installation en sensible. Elle réinvente la chapelle de la Vieille Charité (Marseille) tissée de fils noirs, dans lesquels Chiharu Shiota y emprisonne 10 robes blanches et fantomatiques de Luisa Spinatelli (costumes issus de la production Le Guépard crée par Roland Petit pour le BNM, le 18 novembre 1994 à l’Opéra de Marseille). Ces robes libérées de leur utilité première, provoquent chez le promeneur de véritables hallucinations poétiques.

Elle explore sa propre endurance physique lors de ses performances monumentales. L’artiste utilise des tissus et des fils,une pratique qui nous rappelle les travaux de Eva Hesse et de Louise Bourgeois.

Chiharu Shiota  place dans sa construction différents vieux objets comme des lits, des chaussures, des valises afin d’explorer les relations entre passé et présent. Ainsi le spectateur se retrouve dans un espace éthéré, qui le plonge dans une réflexion sur les effets du temps qui qui passe . L’artiste: « Toute mon oeuvre porte sur la mémoire ». Chiharu Shiota explore les thèmes du souvenir, de l’oubli, du rêve et du sommeil, des traces du passé et de l’enfance . Ces thèmes sont abordés par le medium de la performance-installation, des cocons de fils noirs expriment le désir de l’artiste de matèrialiser l’espace et représentent aussi une part sombre de ses angoisses . À ce propos, elle dit: « La création de fils est le reflet de mes propres sentiments . Si je tisse quelque chose et qu’il se révèle être laid, tordu ou noué, tels doivent avoir été mes émotions lorsque je travaillais. »

Ainsi, ces toiles tissées expriment la puissance des liens interpersonnels, l’inévitable dépendance du sujet à ses racines. Chiharu Shiota questionne de ce fait l’individualisme de la culture occidentale contemporaine.

« Les fils sont tissés l’un dans l’autre.
Ils s’enchevêtrent. Ils se déchirent. Ils se dénouent.
Ils sont comme un miroir des sentiments ».

(Chiharu Shiota)

L’artiste représentera le Japon à la 56e Biennale de Venise en 2015, avec l’exposition « The Key in the hand ».

Lieu : Chapelle Vieille Charité (Marseille)

Ecrit par : Camille Baradat

Photos par : Camille Baradat