IN CONVERSATION WITH LUDOVIC WINTERSTAN


 

 Le challenge est de taille pour ce designer passionné. S’ inspirant de grands artistes comme Pierre Soulages, Marcel Duchamps ou Picasso, il nourrit son imaginaire avec l’art et le cinéma, développant son goût pour des univers darks et dramatiques. Le choc esthétique atteindra son paroxysme avec la mode, lorsqu’il découvrira, à l’adolescence, les collections de Thierry Mugler et Christian Lacroix.

Sans garantie autre que sa détermination et sa force de travail pour réussir, Ludovic Winterstan est décidé à devenir styliste haute couture.
Il veut s’inscrire dans la continuité des grandes maisons, dont il aime : les spectacles démesurés, l’approche fantasmagorique du corps de la femme, la richesse des matières et l’héritage artisanal qui en découle.

Son terrain d’apprentissage sera l’atelier, après des études techniques dans le sud de la France, Ludovic exercera pendant plusieurs années auprès de prestigieuses marques de prêt-à-porter avant de lancer sa marque éponyme en juin 2015.

Son savoir-faire fera la force de cette maison, un combat du quotidien pour être à la hauteur d’une exigence sans concession.
Chaque robe est travaillée avec une technique propre, il déchire, brode, perle, rajoute des plumes.. Il s’approprie la moindre parcelle du vêtement pour nous raconter une histoire. Une histoire sombre et terrible, pleine de lyrisme qui nous laisse le souffle-court.

Les looks de « Rupture » se succèdent, tous plus flamboyants les uns que les autres. Nous sommes happés par le combat symbolique qui se joue sous nos yeux. Le noir dévore le blanc, envahit tout ou disparaît. Le rouge sang redessine des bouches éclatées, graphiques, scintillantes de cristaux Swarovski.
La couleur écarlate sillonne le cou et vient recouvrir le haut du buste d’une jeune modèle. Pour fnir sa route le long d’une longue robe blanche.
La femme est mise en scène dans un univers heroïco-gothic, Ludovic en révèle son animalité, sa poésie avec générosité et extravagance.
Toutes ont une allure guerrière à la fois brisées mais dignes. Certaines portent fièrement des casques de guerre romains revisités. On se rappelle dans sa collection « Noir », les masques entièrement brodés recouvrant les têtes des modèles les rendant anonymes et terrifiantes.

Ludovic nous explique qu’il travaille beaucoup en fonction de ses modèles, faisant évoluer sa vision en même temps qu’il voit ses muses se mouvoir dans ses vêtements. L’émulation avec son équipe est primordiale, elle fait partie intégrante de l’épopée Winterstan, nous sommes à milles lieux des maisons désincarnées qui produisent pour vendre et vendent pour produire sans rien raconter. La maison de Couture Winterstan palpite, s’échine, s’écorche, elle est vivante.

En seulement, deux collections, le designer Ludovic Winterstan a suscité une grande émotion et beaucoup de respect.
Merci pour ces deux beaux cadeaux « Noir » et Rupture ». La relève en France est assurée.

Credits

Photos by Elise Notseck
Text by Marion Hassan