CHRISTIAN DADA – Losing power


Christian Dada : les lettres sont imprimées sur le mur blanc du décor et Christian se dissocie de Dada par une typographie qui ne nous est pas indifférente. C’est celle d’un autre Christian, celui-ci dont le nom a depuis bien longtemps dépassé les seules frontières de la sphère mode. Mais l’encre noire des caractères a coulé le long du mur, ce prénom-là semble se déliter.

La musique est celle d’une fin du monde. Ambiance apocalyptique. Les modèles s’avancent : la chemise blanche est surmontée d’un bustier protecteur en patchwork beige, le denim effiloché, les pantalons larges parés de patch, rapiécés. Le message est lancé, Christian est là comme représentant du monde de la mode : brodé de rouge sur une blouse pastel aux bords francs, le logo saigne. L’imprimé floral saigne. Le coeur brodé de perles rouges sur une veste caban noire saigne.

Le pull couleur sable est long pareil à un haillon et sa version courte patchwork de mailles dissonantes. La mode s’appauvrit, gavroches en cuir à l’appui.

Comme remède, le créateur tokyoïte propose de s’accrocher à la nature : les teintes brutes -terre de sienne, beige, brun- nous ramènent à la terre pendant que les mailles larges ici sur un pull sans manche évoque des matières naturelles. Et parfois, le bleu ciel, une chemise sous une maille négligée, une silhouette pastel, un peignoir de satin ; tous apparaissent comme des touches apaisant le chaos, porteuses d’espoir.

Christian Dada qui a créé sa marque éponyme à Tokyo en 2010, semble prendre un engagement plus important cette saison et délivre un message qui paraît clair ; un changement doit être opéré dans l’industrie de la mode si l’on ne veut pas tout perdre. La surproduction de la fast-fashion mise en cause ? Probablement.

PHOTOGRAPHY Elise Notseck
WORDS Orianne Drouet