SHAO YEN


 

Shao Yen, pour la première fois, présentait sa collection « Joint« . Au cœur du 3em arrondissement, dans un espace sobre et brut, dansaient de long drapés blancs au gré des ventilateurs disposés en rangée. Les modèles s’approprient l’espace, elles se rencontrent, s’assoient. Elles flânent et nous nous observons mutuellement sans réelles frontières.

Assise sur le sol dans une autre alcôve, une musicienne fait sonner électroniquement des gouttes d’eau dans des verres, reliés par des câbles, un instrument handmade au son unique et vaporeux. La présentation est une association de savoir-faire, où chaque partie est complémentaire de l’autre, l’histoire se déroule au fil des gouttes et des tenues qui nous apparaissent par mini série.
Avec « Joint » Shao Yen renoue avec ses premières inspirations : l’étude de l’anatomie humaine. Auparavant, elle avait déjà exploré ce thème lors de son année de remise de diplôme à la prestigieuse Central st Martin’s school mais cette fois ci, la designer d’origine taïwanaise révèle une nouvelle approche. Focalisant son attention non pas sur l’enveloppe, au travers de silhouettes volumineuses, mais plutôt sur l’ossature et les « jonctions » entre les muscles, les os.. du corps humain. Ainsi, elle développe un langage vestimentaire fait de nouages, drapées et attaches rappelant de petites structures. On apprécie particulièrement les ouvertures, tranchées sans finitions, le long suivant les côtes des modèles, sur des pièces complètement épurées.

L’artiste dadaïste Jean Arp complétera les inspirations de la designer et influencera la phase d’assemblage des vêtements en leur donnant une apparence chaotique, un travail de déconstruction discret, qui fait contraste avec la sagesse que suggère sa gamme colorée blanc, bleu et pastel. Les motifs déclinés du léopard ou d’écailles réalisés par impression, ajoutent encore à cette sensation de confrontation entre pureté et animalité.

« Joint » est une collection tout en légèreté et transparence, laissant la part belle au corps sans le contraindre.

Credits

Photos by Elise Notseck
Text by Marion Hassan