CHRISTINA LEDANG

RENCONTRE / CHRISTINA LEDANG

Décris ton style en cinq mots.

Un peu dur, soigné, féminin, un brin street avec une touche d’étrangeté.

Comment as tu démarré ta propre ligne ?

Par chance, ma première collection, que je ne devais jamais lancer, a été très bien reçue sur le net. Grâce à tout ces retours positifs, j’ai pensé qu’il fallait profiter de cet élan et me lancer dans la production. Je n’étais pas bien préparée mais j’étais très investie et je me suis jetée avec enthousiasme dans l’aventure.

Qu’est ce qui t’inspire durant la conception de ta collection ?

Lorsque je ne suis pas en train de designer et de travailler sur un projet de stylisme photo, je trouve toujours quelque  chose d’intéressant à regarder, à écouter ou à découvrir. Cela peut venir de n’importe quoi, un costume dans une émission, un documentaire, un éditorial. La nature est aussi une vraie source d’inspiration. Même quand je suis très occupée, je me rends compte que je réfléchis déjà à une idée ou un concept. La plus part d’entre eux me viennent dans le métro ou le bus lorsque je pars travailler. Je prends des notes sur mon téléphone et de là je me lance dans la finalisation de concept et de plans de collection. C’est assez aléatoire, mais je crois que c’est parce que je suis toujours en train de penser tissus, ornements, attitude ou à des looks pour un éditorial. Dans ces moments là, entre le travail et chez moi, j’ai le temps de tout imaginer.

Quelle est la partie que tu préfères dans le processus créatif ?

C’est lorsque j’ai une idée en tête et que je trouve la parfaite chanson qui sera diffusée sur le catwalk. En fait, c’est là que tout prend forme, et que je peux tout appréhender, chaque pièce, tout les éléments du styling et les attitudes. Pour être honnête, c’est très important pour moi de créer des vêtements dans lesquels les gens se sentent à l’aise et en confiance, peu importe leur âge. Je ne suis pas sensible au style « innocente petite créature fragile ».

Dans ton lookbook « Take tree » et « Take two » pour ta ligne éponyme Christina Ledang qu’est­ce qui t’as amené à choisir le latex ?

J’avais des échantillons de latex qui me restaient de ma collection de fin de diplôme, à l’université Middlesex de Londres. Je les ai récupérés de l’oncle de mon mari qui a lancé une entreprise de vêtements en latex pour homme. J’étais en train de travailler sur ma collection, je me sentais bloquée alors je me suis lancée dans la création d’un petit sac en latex. Je l’ai vendu le jour même à une amie. Puis s’en est suivi la création d’un t­shirt de forme très basique. J’ai adoré le look qui s’en dégageait. Forte de ce sentiment je me suis lancée dans des recherches plus approfondies vers de nouvelles inspirations, en restant focalisée sur le latex comme texture principale. Tout est venu en même temps, de façon très intuitive et naturelle. Je n’avais jamais vu de vêtements comme les miens, en latex, et je me suis dit : « Il faut aller plus loin ! »

Comment es ­tu devenue styliste photo et quelle part de cette expérience utilises­ tu dans ton métier de designer ?

Je suis devenue styliste par chance aussi. J’ai toujours aimé jouer avec les looks et j’adore l’univers de la photographie en tant que média. J’avais un ami qui me disait que ça me plairait. Il connaissait un photographe, Sirène Lauvdal, qui cherchait une nouvelle collaboration avec une styliste. Après plusieurs rencontres et discussions nous avons fait un shooting qui a été publié dans le deuxième numéro de Personae. Le projet a eu du succès et, d’un coup, je suis passée styliste. Après un an et­demi j’étais représentée par Pudder Agence et je travaillais à plein temps en tant que styliste photo. J’ai eu beaucoup de chance car le travail de styliste est excellent pour développer des idées de design et de silhouettes. Cela me permet de laisser libre cours à ma créativité, sans passer des mois et des semaines à développer des vêtements ou des collections. Si une idée est bonne, je peux la continuer, si quelque chose ne marche pas, je la mets de côté et je peux garder l’idée d’un look pour un éditorial, mais pas un concept de design. D’autre part, faire du stylisme dans des magazines me donne aussi la possibilité d’avoir un aperçu de ce qui manque sur le marché, ce que font les autres designers et où sont les talents. Les designers les plus commerciaux sont tous représentés à Oslo, donc il y a toujours une chance d’être repéré là­bas en tant que designer, si vous utilisez beaucoup de pièces dans des éditoriaux.

Les silhouettes de tes vêtements tendent à accentuer les points stratégiques des formes féminines, pourtant ton tissu et tes matières sont très souples, confortables et s’adaptent au corps. Est­ce ton approche de la féminité ?

Je suppose. Je trouve le corps féminin vraiment beau et j’aime le montrer plutôt que de le cacher. Rien n’est plus laid qu’un vêtement utilisé pour cacher le corps. Mais je fais de l’oversize aussi. On a tous des jours où on veut se cacher un peu. Comme je travaille tout le temps avec la photographie et le stylisme, j’ai l’œil pour repérer les choses qui marchent ensemble sur un corps et ce qui est flatteur. Toutes les formes féminines sont belles, il suffit juste de savoir comment les habiller.

Quel est ton prochain projet ?

J’ai décidé de me concentrer sur ma ligne C.L.E.A.N by Christina Ledang et de garder la marque Christina Ledang pour des pièces phares qui laisseront libre court à mon imagination et me permettront de m’amuser sans penser à la partie commerciale.

­Le meilleur conseil qu’on t’aie donné ?

Ne t’en fais pas, ce n’est que de l’argent !

Christina ledang-01

C.L.E.A.N lookbook ss15

Credits

Interview : Marion Hassan
Photos supplied by Christina Ledang
Spécial thanks to Léa Grégoire

SILICONE BY TZURI GUETA

TZURI GUETA

Tzuri Gueta est un alchimiste moderne, dans son atelier ses créations découlent d’un savant mélange de technique traditionnelle, de connaissance en chimie avec une touche de mystère et de surprise… Développant une méthode unique et brevetée, il donne la parole à une rencontre inédite. Voulant explorer les frontières de la création textile, sa « dentelle » est née  d’une surprenante interaction entre le silicone et le textile. Une technique qu’il développe au Shenkar Collège de Tel Aviv et deviendra son matériel de prédilection.

Le protocole de réalisation n’a pas altéré la place de la créativité dans son travail au quotidien. Tzuri est à la fois l’artiste et le spectateur attentif. Face à son travail, nos sens sont déstabilisés. Ses créations résonnent en nous, comme des formes organiques déjà connues. Elles suscitent le besoin de les toucher, afin de « justifier ce que l’ont voit ». Corail géant intriqué, fruits, perles, cactus, peaux d’animaux… Inspiré par la nature, le végétal,…le silicone vient se mêler au textile. Suivant les caractéristiques de celui ci il peut se rigidifier ou se fondre dans le tissu chaque nouveau mélange donne une nouvelle couleur ou texture. Les deux éléments sont indissociables et se révèlent l’un au contact de l’autre.

L’objet qui naît de ce minutieux travail est toujours unique. La force de la technique est dans l’alliance d’un savoir faire artisanal et d’une technologie nouvelle au service d’une créativité sans bornes. Chaque pièce est faite à la main, c’est un travail qui s’acharne à reproduire l’aspect chaotique de la nature, cela nécessite une grande attention pour repérer les différentes catégories ou pistes qui seront l’objet de recherches approfondies plus tard. Rien ne se perd dans l’atelier et tout peut être le bourgeon d’une prochaine ligne.

S’appliquant à de multiples domaines, son procédé lui permet de développer une ligne de bijoux, d’objets d’art et de design. Il collabore régulièrement en tant que créateur de textile ou d’accessoires avec de nombreuses maisons de couture comme Chanel, Givenchy, Jean-Paul Gaultier, Dior, Clarisse Hiéraix, Stéphane Rolland ou encore Yiqin Yin..Lors de notre rencontre Tzuri nous explique que la réalisation des pièces se construit au cours de nombreux échanges avec le designer. La place laissée à la liberté de développement de la matière textile inhérente à sa technique, laisse le champ libre à la créativité de chacun, pour un résultat toujours surprenant et inattendu.

Après un début modeste dans un atelier du quartier de Montreuil, le projet de Tzuri Gueta a parcouru du chemin et nous pouvons désormais admirer ses œuvres dans son showroom sous la première arche du Viaduc des Arts.

Credits

Text by Marion Hassan
Photos by Marion Hassan